Pourquoi a-t-on une sensation de satiété plusieurs heures après un repas riche en protéines (poisson, oeufs, viande etc.), c'est ce que sont parvenus à élucider des chercheurs français qui soulignent le rôle crucial d'un récepteur aux opiacés.
L'équipe de l'Inserm (institut national de la santé et de la recherche médicale) travaillant sur nutrition et cerveau, a réussi à décrypter les mécanismes biologiques responsables de cette propriété des protéines, fréquemment vantées dans le cadre de régimes amaigrissants.
Les chercheurs travaillant sous la direction de Gilles Mithieux décrivent en détail, dans la revue scientifique américaine Cell, les réactions en chaîne provoquées par la digestion des protéines qui permettent, au final, de délivrer au cerveau un message de satiété, bien après le repas.
Ces résultats, publiés jeudi, permettent d'envisager une meilleure prise en charge des patients obèses ou en surpoids, selon l'Inserm.
Dans ce travail, les chercheurs montrent comment des produits ("oligopeptides") issus de la digestion des protéines, une fois passés dans la circulation sanguine, interfèrent avec des récepteur mu-opioïdes présents au niveau de la paroi de la veine porte, qui draine le sang des viscères digestifs vers le foie.
La digestion des protéines provoque une double boucle de réactions en chaîne impliquant le système nerveux périphérique ventral (passant par le nerf vague) et dorsal (passant par la moelle épinière).
Dans un premier temps, les oligopeptides agissent sur les récepteurs mu-opioïdes qui envoient un message par ces voies nerveuses vers le cerveau.
En retour, le cerveau envoie un message qui déclenche la formation de glucose (néoglucogenèse) par l'intestin. Cette dernière initie alors, par l'intermédiaire de détecteurs de glucose, l'envoi du message coupe-faim dans les zones du cerveau contrôlant la prise alimentaire.
Ces récepteurs mu-opioïdes sont connus au niveau du cerveau pour leur rôle dans le système nerveux du plaisir et pour leur implication dans les effets des antidouleurs de la morphine.
On sait également qu'ils sont présents dans la partie musculaire des intestins et jouent un rôle dans les mouvements intestinaux.
Ce nouveau travail a permis d'identifier leur présence dans la paroi d'un gros vaisseau ventral (veine porte) et leur rôle sur la satiété, avec effet coupe-faim.
L'application à l'homme consisterait par exemple à arriver à mimer l'effet des oligopeptides sur ces récepteurs, ce qui équivaudrait à mimer partiellement l'effet d'un repas riche en protéines.
Mais ce n'est pas si simple, car "s'ils sont trop sollicités, ces récepteurs deviennent insensibles", explique M. Mithieux.
"Il faudrait trouver le moyen de les inhiber doucement pour en garder les effets bénéfiques à long terme sur le contrôle de la prise alimentaire", résume-t-il.