La fréquence des amygdalectomies a beaucoup baissé depuis les années 1960-70 : en 1991-1992, le taux d’incidence des amygdalectomies a été évalué à 0,28 pour 100 personnes et par an (1).
En France, selon les données du PMSI, leur nombre est passé de 88 938 en 2001 à 74 196 en 2003, 70 % d’entre elles étant réalisées dans le secteur privé ; cependant, chez l'enfant, environ 50 000 amygdalectomies avec adénoïdectomie ou non ont encore été réalisées en 2008 (2). Plusieurs nouvelles techniques ont vu le jour depuis une trentaine d'années.
L'amygdalectomie peut être totale extra-capsulaire (AT) avec ablation des amygdales palatines et de leurs capsules, subtotale (amygdalotomie des anglo-saxons), ou partielle, dont l'amygdalectomie par évidemment intra-capsulaire (AIC) est une variante (3) ; il a été suggéré que l'AIC induirait moins de douleurs postopératoires et une morbidité moindre en l'absence d'effraction capsulaire ou de la musculature pharyngée sous-jacente (1).
L'AT peut être réalisée par dissection, technique la plus pratiquée actuellement, particulièrement la dissection froide avec ligature ou diathermie bipolaire, ou bien à l’aide d’un amygdalotome, technique de Sluder abandonnée par la majorité des chirurgiens ORL (elle ne concerne plus que 4 % des amygdalectomies, dont les deux tiers dans le secteur privé ; la HAS a considéré que son service attendu était insuffisant) (2).
Une revue systématique des essais cliniques randomisés comparant l'AT (toutes techniques) à l'AIC (toutes techniques) a évalué leurs résultats chez les enfants ayant des symptômes obstructifs (4).
La sélection des études dans les principales bases de données de la littérature a été réalisée par deux examinateurs indépendants. Seize essais cliniques avec des suivis allant de moins de six mois jusqu'à trois ans ont été inclus dans l'analyse, représentant 1 312 patients (669 dans le groupe AIC, 635 dans le groupe AT) opérés par différentes techniques dans chaque groupe.
Les résultats ont été évalués sur la douleur postopératoire, l'utilisation d'analgésiques, le temps de retour à une activité normale, l'alimentation, le taux de saignements, celui d'infections et celui de « repousse » nécessitant une ré-intervention. Une méta-analyse formelle n'a pas pu être réalisée à cause de l'hétérogénéité des données et de l'absence de communication des données brutes.
En comparaison avec le groupe AT, dans le groupe AIC la douleur postopératoire a été plus brève avec une utilisation d'analgésiques moindre, la réalimentation et le retour à une activité normale ont généralement été plus rapides et le taux d'hémorragies secondaires a été plus faible ; il n'a pas été noté de différence sur le taux d'hémorragies primaires. La crainte de certains ORL quant à une fréquence plus élevée d'infections avec l'AIC n'a pas été confirmée.
Dr Gérard Loeb
1) Centre de Recherche d'Étude et de Documentation en Économie de la Santé. Lecomte T, Mizrahi A, Mizrahi A. Impact des variables démographiques et socio-économiques sur quelques interventions chirurgicales. Enquête sur la santé et les soins médicaux 1991-1992. Paris : CREDES ; 1995.
2) Haute autorité de santé. Évaluation des actes d’amygdalectomie a l’amygdalotome. Service évaluation des actes professionnels. 2006 (avril).
3) Lescanne E et coll pour la Société Française d’Oto-Rhino-Laryngologie et de Chirurgie de la Face et du Cou. Recommandation pour la pratique clinique. Amygdalectomie de l’enfant. Argumentaire 2010 (25 mars).
4 ) Walton J et coll. : Systematic Review of Randomized Controlled Trials Comparing Intracapsular Tonsillectomy With Total Tonsillectomy in a Pediatric Population. Arch Otolaryngol Head Neck Surg 2012;138: 243-9.