L'explosion des cas de myopie observée dans les grandes villes d'Extrême Orient est liée au mode de vie des jeunes générations qui privilégient études, lectures, télévision et jeux vidéo au temps passé à l'extérieur, sous la lumière du soleil, selon une étude.
"Il est assez clair que la lumière vive stimule la dopamine qui empêche la myopie", explique à l'AFP le chercheur Ian Morgan de l'université de Canberra, l'Australian National University, qui est cosignataire de cette étude publiée dans la revue médicale britannique The Lancet.
La myopie est due à une croissance excessive de l'oeil pendant la période postnatale. Or, la lumière solaire stimulerait la sécrétion de dopamine, un neurotransmetteur connu pour bloquer cette croissance.
A Singapour, où huit à neuf jeunes adultes sur dix souffrent de myopie, les écoliers du primaire ne passent qu'environ une demi-heure par jour à l'extérieur contre trois heures pour les écoliers australiens d'origine européenne qui eux affichent un taux de myopie d'environ 10%.
Plus qu'ailleurs dans le monde, les enfants d'Extrême Orient "vont à l'école, ne sortent pas de l'école, et ensuite vont à la maison où ils restent à étudier et regarder la télévision", explique le Pr Morgan.
Les taux les plus élevés de myopie au monde chez les élèves en dernière année de lycée sont relevés dans les grandes villes de Chine, de Taïwan, de Hong Kong, du Japon, de Singapour et de Corée du Sud, avec des taux de 80 à 90%.
"La plupart des cas en Extrême Orient sont dus à l'environnement et non pas à la génétique", souligne le Pr Morgan. Ainsi, à Singapour, les taux de myopie ont grimpé en flèche de manière parallèle dans les trois grands groupes ethniques de cette cité-Etat, Chinois, Indiens et Malais.
Le fait de dévorer les livres ou de passer beaucoup de temps devant un ordinateur n'entraîne pas nécessairement des risques supplémentaires d'être atteint de myopie, pourvu que des plages horaires soient ménagées pour sortir et voir la lumière du jour, souligne le Pr Morgan.
Les enfant qui passent un total de deux à trois heures par jour dehors, en comprenant le temps passé pour aller jusqu'à l'école, n'auront "probablement" pas ce problème, estime le chercheur australien.
"Il a des enfants qui étudient beaucoup, mais qui sortent pour se défouler dehors et qui n'ont généralement pas de problème. Ceux qui ont le plus de risques sont ceux qui étudient beaucoup et qui ne sortent jamais", explique-t-il.
Le fait de passer du temps devant des écrans vidéo ou la télévision n'est pas en soi un facteur aggravant en ce qui concerne la myopie, mais cela contribue à diminuer le temps qu'un enfant passerait dehors et en ce sens cela constitue un facteur de risque.
Pour le Pr Morgan, il faudrait trouver le moyen de faire passer aux enfants d'Extrême Orient plus de temps dehors, à la lumière du jour, sans compromettre leur scolarité et peut-être aussi revenir sur l'habitude de faire une sieste après le déjeuner.