La rétinopathie diabétique est, dans les pays industrialisés, une cause majeure d’altération de la vision et de cécité chez les sujets âgés de 20 à 74 ans. Cette évolution délétère est cependant accessible à la prévention et au traitement, et 50 à 73 % des cas d’altération de la vision ou de cécité liés à la RD pourraient, selon certains travaux, être prévenus par une détection précoce, par le traitement des facteurs de risque (de l’hyperglycémie chronique et de l’HTA, notamment) et par la photocoagulation.
L’adhésion au dépistage de la RD n’est cependant pas optimale, et le taux de dépistage varie, selon les études et les pays, de 32 à 85 %. Des auteurs des Pays-Bas, où l’intervalle recommandé de détection de la rétinopathie diabétique est de 2 ans au plus, se sont interrogés sur les facteurs qui favorisent l’adhésion au dépistage de la RD et sur ceux qui lui font obstacle.
L’étude menée par KND van Eijk et coll s’est appuyée sur les réponses à un questionnaire adressé en 2008 à 3 236 patients, âgés de plus de 18 ans, atteints de diabète de type 1 (DT1) et de type 2 (DT2), suivis dans 20 structures primaires de soins des Pays-Bas. Ce questionnaire précisait les examens de dépistage de la RD effectués au cours des 3 dernières années, et les déterminants possibles de l’adhésion à ce dépistage.
Parmi les 3 236 patients, 2 363 (73 %) ont renvoyé le questionnaire rempli, et 81 % d’entre eux ont déclaré avoir eu un examen de dépistage de la RD au cours des 3 années précédant l’étude. Le dépistage avait été effectué par examen du fond d’œil chez 74,2 % des patients, par rétinographie chez 18,1 %, 7,7 % ne se souvenant plus des modalités du dépistage effectué.
L’analyse a porté sur 1 589 diabétiques (âgés de 50,7 ans en moyenne, atteints pour 88,5 % d’entre eux de DT2, dont 49,3 % d’hommes) ayant dit avoir eu un dépistage de la RD dans les 3 années écoulées, et 302 (de 50,6 ans d’âge moyen, ayant un DT1 pour 91,1 % d’entre eux, dont 49,4 % d’hommes) ayant signalé l’absence de ce dépistage au cours de ce même intervalle de 3 ans.
Les seconds avaient, en comparaison des premiers, une moindre durée de scolarisation, un diabète plus récemment diagnostiqué, moins souvent un traitement par insuline, et étaient moins souvent suivis par un interniste. En revanche l’adhésion au dépistage n’est pas apparue différer entre patients atteints de DT1 et ceux ayant un DT2.
Au rang des principaux éléments de motivation recensés poussant à adhérer au dépistage figuraient : le fait d’avoir été informé, d’avoir reçu des recommandations des soignants, généralistes, internistes, infirmières, et de connaître les effets délétères de la RD sur l’acuité visuelle ; s’y ajoutaient la peur de cette atteinte visuelle, et le sentiment de faire ce qu’il faut pour l’empêcher.
À l’opposé, parmi les principaux obstacles relevés freinant l’adhésion au dépistage de la RD, c’est l’absence rapportée de recommandations par les soignants et l’ignorance de l’impact de la RD sur la vision qui ressortaient ; s’ajoutaient dans ce groupe une moindre crainte de l’atteinte visuelle, le manque d’intérêt, ou de temps à consacrer à cet examen, les difficultés à se déplacer.
C’est sur la part d’éducation et d’information des diabétiques revenant aux soignants, médecins et infirmières, et sur l’application des recommandations, qu’insistent les auteurs afin d’améliorer l’adhésion au dépistage de la rétinopathie diabétique.
Dr Julie Perrot
van Eijk KDN et coll. : Diabetic retinopathy screening in patients with diabetes mellitus in primary care: Incentives and barriers to screening attendance. Diab Res Clin Pract 2012 ; 96 : 10-6 (doi: 10.1016/j.diabres.2011.11.003).