La résistance aux antibiotiques (AB) est un problème majeur de santé publique. Le nombre croissant de bactéries multi résistantes limite les possibilités de traitement de certaines infections. Parmi les stratégies visant à réduire le taux des résistances, la prescription d’AB à spectre étroit doit être encouragée mais les programmes mis en place à cet effet peinent à atteindre leur but.
Aux USA, les antibiogrammes hospitaliers de chaque germe sont communiqués annuellement afin de guider les prescriptions de l’année suivante. Une enquête multicentrique a été conduite dans 33 hôpitaux pédiatriques pour juger de l’influence de cette mesure dans la prescription des AB au cours des pneumonies de l’enfant recensées à partir des codes de sortie des patients hospitalisés en 2006. Il a été possible de déterminer les AB et les examens complémentaires prescrits pour chaque patient.
Seuls, les malades âgés de 1 à 18 ans, ayant reçu un AB conventionnel pour une pneumonie dés l’hospitalisation ont été pris en compte. Les enfants ayant une pathologie chronique exposant à des pneumonies ont été exclus de même que ceux avec une pleurésie ou un empyème évoquant une staphylococcie.
Sur les antibiogrammes des pneumocoques isolés du sang ou des voies respiratoires durant l’année 2005, ces germes étaient considérés comme sensibles pour une concentration minimale inhibitrice d’AB ≤ 0,06 mcg/ml, de sensibilité intermédiaire de 0,12 à 1 mcg/ml et résistants pour une CMI ≥ 2 mcg/ml. Les isolats ont été classés non sensibles en cas de résistance ou de sensibilité intermédiaire.
Au total, parmi les 4 888 patients retenus sur 33 hôpitaux, un AB à spectre étroit (pénicilline, amoxicilline) a été prescrit à 348 (7 %) enfants dont 85 % avaient de 1 à 5 ans. Ces AB étaient plus volontiers administrés dans cette tranche d’âge que chez les plus âgés (p < 0,0001) et les plus jeunes malades étaient plus souvent asthmatiques (p=0,01). Les autres AB prescrits ont été les céphalosporines (45 %) - à l’exception d’un seul hôpital où les pénicillines ont représenté 57 % des prescriptions – vancomycine, clindamycine ou macrolides isolés ou en association. En regard, la proportion de pneumocoques sensibles variait de 9 % à 70 % d’un hôpital à l’autre et celle des résistants de 0 % à 60 %. Aucune association significative n’a été mise en évidence entre les proportions de souches sensibles pour chaque hôpital et la prescription d’un AB à spectre étroit. Cependant, toute augmentation de 10 % des pneumocoques résistants a été associée à une augmentation de 39 % des prescriptions d’AB à spectre large (Odds ratio : 1,39 ; intervalle de confiance : 1,08-1,69).
Au total, cette étude montre la grande variabilité d’un hôpital à l’autre dans le choix d’un AB pour le traitement des pneumonies communautaires. Ce choix était bien sûr influencé par les taux de résistance locaux, cependant, la plupart des pneumonies pouvaient être traitées par un AB à spectre étroit. De surcroît, la résistance in vitro n’est pas obligatoirement corrélée à la résistance in vivo pour les infections non méningées.
Pr Jean-Jacques Baudon
Ambroggio L et coll. : Influence of antibiotic susceptibility patterns on empiric antibiotic prescribing for children hospitalized with community-acquired pneumonia. Ped Infect Dis J., 2012 ; 31 : 331-36