Bien que relativement rare le cancer du pancréas (KP) est d’une gravité telle qu’il se place au 5e rang de la mortalité par cancer en Europe et dans la majorité des pays développés. Parmi ses facteurs de risque on retrouve le tabac, l’alcool, l’obésité et le diabète de type 1, tandis que la relation qui l’unit au diabète de type 2 est plus complexe.
Les études observationnelles ainsi que la recherche fondamentale suggèrent dans leur ensemble que le KP précèderait le diabète à court terme et aurait même un rôle causal dans son apparition. D’après une étude cas-contrôles monocentrique, la metformine pourrait être associée à une diminution du risque de KP. Une étude prospective de cohorte a par ailleurs mis en évidence une élévation du risque chez les patients traités par insuline ou sulfonylurées par rapport à ceux sous monothérapie par la metformine.
Une équipe hospitalo-universitaire suisse a réalisé une étude cas-contrôles à partir d’une vaste base de données britannique de médecins généralistes. Sont inclus 2 763 cas de KP et 6 contrôles appariés par cas (n = 16 578). L’âge moyen des sujets est de 69,5 ± 11,0 ans et 46,2 % sont des hommes. Globalement, le risque (Odds ratio OR) de KP associé à un diagnostic de diabète est de 1,22 (intervalle de confiance IC 95 % : 0,99-1,50), et il diminue avec l’augmentation de la durée du diabète, de 1,71 (1,29-2,26) pour moins de 2 ans jusqu’à 0,71 (0,49-1,03) pour plus de 10 ans.
De façon intéressante, les résultats suggèrent que le risque de KP est abaissé, uniquement chez les femmes, par un traitement à long terme par la metformine (analyse globale pour ≥ 30 prescriptions OR 0,87 [IC95 % 0,59-1,29] et OR = 0,83 [0,57-1,21] en la restreignant aux patients diabétiques ; analyse par genre : OR 0,43 [0,23-0,80] pour les femmes vs 1,59 [0,95 – 2,66] chez les hommes]). Un traitement à long terme par des sulfonylurées ou l’insuline est relié à une élévation du risque (OR respectivement 1,90 [1,32-2,74] et 2,29 [1,34-3,92] ; et lors d’une analyse limitée aux diabétiques OR 1,59 [1,13-2,24 et 1,69 [1,02-2,81]).
Ces résultats sont modifiés par un effet du genre puisque ce sont principalement les femmes qui présentent une hausse du danger de KP lié aux sulfonylurées (OR 3,05 [1,79-5,19]), et les hommes à l’insuline (OR 4,20 [2,07-8,53] pour ≥ 40 prescriptions).
Cette vaste étude cas contrôles explore pour la première fois le risque de KP en relation avec la durée du diabète et le traitement antidiabétique. Ses résultats sont en faveur de l’hypothèse précédente d’un rôle causal du KP dans le diabète à court terme.
Des effets différents des antidiabétiques sont observés selon les genres, avec globalement une augmentation du risque de cancer associée aux sulfonylurées ou à l’insuline, et la suggestion d’une diminution du risque chez les femmes traitées à long terme par la metformine. Il faut souligner qu’en dépit de quelques limitations ce travail présente plusieurs points forts tels le nombre important de cas de cancer pancréatique à partir d’une base de données bien établie et validée.
Dominique Monnier
Bodmer M et coll. : Use of Antidiabetic Agents and the Risk of Pancreatic Cancer: A Case-Control Analysis. Am J Gastroenterol. 2012 Publication avancée en ligne le 31 janvier. doi: 10.1038/ajg.2011.483.