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Akila Guerrouche. Présidente de l’Union nationale des sages-femmes "Nous payons pour les erreurs des médecins"


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Au nombre de 7000, elles sont aujourd’hui incapables de faire face au million de naissances enregistrées chaque année. Avec un effectif de plus en plus réduit, la corporation des sages-femmes refuse de porter à elle seule la responsabilité des erreurs médicales. L’incompétence de toute l’équipe multidisciplinaire y est pour beaucoup. Les gynécologues sont les premiers pointés du doigt. Les sages-femmes se disent victimes d’une formation incomplète. Une grève est prévue.

- Les sages-femmes sont de plus en plus poursuivies en justice et vont jusqu’à faire de la prison. Statistiquement, la moitié de la corporation aurait commis des erreurs… Que se passe-t-il ?


Effectivement, l’état des lieux est inquiétant : une sage femme sur deux est traduite en justice.  Le 28 décembre dernier, deux sages-femmes, une à Bordj Bou Arréridj et une autre à Batna, ont été condamnées avec dégradation du statut. Un fait illégal pour cause de vide juridique : le statut particulier des sages-femmes 91-110 ne permet pas de dégrader une sage-femme au statut d’infirmière. D’autant que les sages-femmes ne sont pas formées pour être infirmières. La responsabilité pénale est appliquée uniquement à nous, les sages-femmes. A l’époque où Saïd Barkat était ministre de la Santé, des démarches avaient été entreprises pour prendre en charge le volet des erreurs médicales de notre corporation. Mais la note ministérielle notifiant la décision du ministre de protéger les sages-femmes n’a jamais été transmise au niveau des structures. A mon avis, cela devient urgent que le ministère de la Santé et celui de la Justice se penchent sur cette problématique.


- Mais de graves erreurs sont commises, c’est une réalité…


Nous sommes poursuivies en justice suite à des complications que subissent les nouveau-nés. Pour les parents, toute complication pour la mère ou le bébé est imputable à la sage-femme. Mais on oublie souvent que cette dernière travaille avec une équipe pluridisciplinaire. La magistrature ne veut rien comprendre. Il faut savoir que dans les CHU, il existe une hiérarchie : en cas d’erreur, en théorie, la responsabilité est partagée par l’ensemble de l’équipe. En pratique, ce n’est jamais le cas. Ainsi, nous nous retrouvons seules à la barre. Nous sommes censées nous occuper uniquement des accouchements normaux. Lorsqu’une pathologie sévère se présente, un spécialiste est censé intervenir. Sur le terrain, les choses se passent autrement… Le gynécologue n’accompagne jamais la patiente en cas de complication lors de son évacuation, c’est à nous de nous en occuper. Parfois, nous nous limitons à lui fermer les yeux et nous l’aidons à accomplir la chahada. Franchement, nous ne sommes pas formées pour faire face à ce genre de situation. Et c’est pour cela que nous continuons aujourd’hui à enregistrer des décès lors des accouchements. A mon avis, il faut définir avec précision la mission de la sage-femme.


- Patissez-vous aussi d’un manque de formation ?


Je dois vous dire que la réforme de la justice nous a responsabilisées en tant que «responsables médicales» sans prendre en compte notre niveau de formation. Nous faisons face à des situations d’urgence auxquelles nous ne sommes pas préparées. L’Etat cherche de la main-d’œuvre à bas prix. Il est donc dans l’intérêt général de revoir la formation initiale et de revoir notre responsabilité. Car, je vous le dis, notre métier est le seul à devoir répondre de cinq responsabilités : médicale, pénale, civile, administrative et d’encadrement. La raison pour laquelle notre profession ne cesse d’enregistrer des départs anticipés à la retraite ou des démissions, particulièrement dans les rangs de la nouvelle génération.   

    
- Les sages-femmes sont aussi accusées de ne pas faire attention et d’être à l’origine de plus en plus de blessures et de handicaps chez les enfants…


Nous endossons l’incompétence des gynécologues et payons pour les erreurs des médecins. La majorité des complications qui surviennent pendant l’accouchement sont dues à un mauvais suivi de la grossesse. Il faudrait tout simplement disposer d’un bon diagnostic de pré-accouchement. Or, je défie n’importe quel gynécologue de pouvoir maîtriser parfaitement les radios échographiques. Un seul module d’échographie leur a été dispensé pendant tout leur cursus universitaire. Si un bon diagnostic de grossesse était effectué, nous pourrions réduire de moitié le nombre d’enfants handicapés. Les malformations peuvent facilement être détectées, différentes pathologies facilement diagnostiquées si les gynécologues se donnent davantage de peine lors du suivi des grossesses. Mais ils ne procèdent jamais à des échographies plus avancées ! Prenons l’exemple des malformations cardiaques : un diagnostic précoce permet de réduire les risques de décès à la naissance.

Et si la complication survient après l’accouchement, je vous informe que nous ne sommes pas présentes à la maternité. Les sages-femmes n’intreviennent pas en post-accouchement. Et il faut savoir que trois minutes d’hémorragie suffisent pour tuer l’accouchée. Pour l’instant, c’est la sage-femme qui encaisse la responsabilité. Les parents et le juge ne veulent rien comprendre. Comment pourrions-nous nous défendre ? Nous sommes très mal formées sur nos droits. Laquelle d’entre nous sait que les échographies dont celle du rythme cardiaque (ERCF) sont des documents médico-légaux qu’elle peut utiliser en sa faveur ? Cette dernière radio qui comporte huit paramètres n’a jamais été interprétée convenablement et d’une manière complète, alors que le médecin peut, grâce à elle, détecter des pathologies cachées. Je dénonce également l’absence des chefs de services lorsque la justice nous appelle à la barre.


- On dit de vous que vous êtes très dures et vous représentez le premier cauchemar des futures mères…


Nous sommes dépassées par la charge de travail. Le programme de la santé publique exige que nous remplissions quotidiennement quatorze documents administratifs. Je ne nie pas que certaines sages-femmes ont des comportements inappropriés et que certaines attitudes sont à dénoncer. Personnellement, j’ai vécu cela dans ma brigade. Les sages-femmes se rebellent parfois contre leurs conditions de travail ou de vie et s’en prennent à la proie la plus facile. Malheureusement, nous n’avons toujours pas de conseil de l’Ordre qui régularise et  protège la corporation. Le ministère de la Santé pourrait jouer les intermédiaires avant que nous nous retrouvions directement devant les tribunaux.


- Il est peut-être urgent de réviser votre statut particulier…


Même le code de déontologie est otage de ce statut qui n’arrive pas à voir le jour. On y travaille depuis trois ans. A la surprise générale, après le remaniement ministériel, le nouveau secrétaire général nous a informées que tout le travail de la commission était considéré comme nul et non avenu ! Tout sera refait à zéro. Désormais, nous allons interpeller le président Bouteflika sur cette situation. Nous ne pouvons plus attendre. Si le ministère ne veut pas «accoucher» de ce statut, alors nous passerons à une «césarienne». Le syndicat des sages-femmes n’écarte pas la possibilité d’une grève nationale. Nous  organisons une assemblée générale début février pour décider d’une manifestation dans les secteurs public et privé et je pense qu’elle sera historique…

 

Nassima Oulebsir


Source :   El-watan  
Posté par admin_actumed 2011-01-28 à 10:41:56   


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LEILA dit :

        2011-03-04 18:27:15

   Alors Mme GUERROUCHE ,ON ABOUTIRA JAMAIS A QUELQUE CHOSE?TANT QUE LES GENS COMME VOUS S\'ACCAPARENT DE TOUT ,ET FONT DE CETTE UNION UN EMPIRE PERSONNEL.TOUTES LES SAGES FEMMES VOUS LAISSE T.............

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