Le cancer de la prostate (PCa) fait peur à beaucoup d’hommes, non sans quelques bonnes raisons tant les chiffres qui lui sont associés sont impressionnants : 500 000 nouveaux cas par an, presque 10 % de l’ensemble des cancers masculins, et une probabilité d’en mourir de 3 %.
Récemment, et même avant, le papillomavirus humain (HPV) avait été cité comme facteur étiologique potentiel de PCa, l’organe se présentant comme une cible directement accessible au micro organisme via l’urètre et certains virus, comme les HPV-16 ou 18, ayant été associés au développement de cancers génitaux, cervicaux, anaux, péniens ou vaginaux. Sans compter quelques études évoquant la possibilité qu’un risque accru sanctionne certains comportements sexuels. Un problème délicat, donc, et encore sujet à controverse, pour lequel il serait particulièrement contributif de disposer d’une réponse fiable…
Pour ce travail, destiné donc à mettre en évidence un lien entre HPV et PCa, A Aghakhani et coll., de l’Institut pasteur de Téhéran, Iran, ont réexaminé 104 prélèvements anatomo- pathologiques fixés à la formaline et inclus en paraffine de PCa primaires, qu’ils ont comparés à un nombre équivalent de prélèvements d’HBP (hypertrophies bénignes de la prostate). Les tissus ont été soumis à la détection d’ADN du HPV selon une technique classique de PCR nichée, avec les sets primers outers MY09/MY11 et internes GP5+/6+, de spectre large, suivie d’amplification. Du DNA HPV a été découvert dans 13 des 104 (12,5 %) PCa et 8 des 104 HBP. Des HPV de haut risque étaient présents dans 10 des 13 PCa positives (76,9 %) et 5/8 HBP (62,5 %) ; des HPV de bas grades étaient détectés dans 3/13 et 3/8 des Pca et HBP. Des chiffres qui, incontestablement, ne mettent en évidence aucune corrélation statistique particulière, et qui ne plaident pas en faveur du rôle du HPV…
Retour à la case départ, donc, avec cette constatation pas réellement surprenante qu’en matière génitale on trouve du HPV partout, tant dans des prostates bénignes que cancéreuses ou même complètement saines. Le problème en est-il pour autant définitivement réglé? Certainement pas car, comme le font remarquer les auteurs, depuis 1990 "approximativement" 29 études ont été menées pour détecter du HPV dans les PCa, avec des résultats pas toujours concordants et des taux de détection variant de 2 à 100% (!). Les types globalement les plus retrouvés ayant été les HPV-16, -18, -33 et -31. Le débat reste ouvert, et sans doute pour encore longtemps. Ce qui est un peu gênant, en la matière, c’est cette impression qui se dégage de ces études répétées consacrées à un même sujet qu’on aimerait bien, en quelque sorte, établir qu’une relation existe entre HPV et Pca. Ce qui serait incontestablement une bonne nouvelle, ouvrant la voie à la prophylaxie comportementale, et peut-être même plus, de l’affection. Certes. Mais il ne faudrait quand même pas qu’un tel espoir apparaisse trop dans des publications purement médicales et scientifiques.
Dr Jack Breuil
Aghakhani A et coll. : The role of human papillomavirus infection in prostate carcinoma. Scand J Infect Dis., 2011; 43 : 64-69.